Le maraîcher


 

 

Présentation d’Alexandre Venisse, le producteur de légumes :

 

Peux-tu nous présenter ton exploitation et nous dire pourquoi tu as choisi ce métier ?

Je suis issu comme la plupart d’entre nous, d’une longue tradition paysanne, mes arrières grands parents étaient maraîchers en Pologne et dans ma famille, on a toujours cultivé une certaine idée de l’autonomie alimentaire.

Dans la famille, on mélange les fleurs et les légumes depuis toujours, autour de la maison, on entretenait de véritables « oasis » qui accueillaient la biodiversité. Enfants, on y grappillait des framboises au détour des allées, mais aussi des carottes à croquer ou des haricots à rames…

Aujourd’hui, l’immense majorité de la communauté scientifique et de la société civile reconnaît que la production en agriculture biologique est la seule qui permet le renouvellement des équilibres naturels et d’assouvir les besoins alimentaires et de santé des humains.

Je me suis installé à Seignalens en 2010 sur une terre qui n’a pas reçu de produits de synthèse depuis 20 ans, ce qui est assez rare de nos jours. Les légumes sont développés sur un hectare en plein champ et de 3 000m² de cultures sous grands tunnels. Cela au milieu d’un ensemble de 2 ha de biodiversité naturelle, lui même dans une sous région fortement boisée et bocagère.

Depuis 5 ans je travaille à base de compost principalement pour enrichir la terre, de manière à vivifier ses forces pour qu’en retour elle me permette de récolter des aliments sains. C’est une collaboration avec la terre pour la rendre chaque année plus vivante, sans excès, petit à petit, pour atteindre un point d’équilibre, ou elle sera aussi fertile qu’un sol de forêt.

 

Quels sont les légumes que tu proposes à l’AMAP?

Je cultive le maximum de légumes qui poussent dans la région. J’essaie de mettre des variétés anciennes qui sont plus savoureuses, plus résistantes et qui se conservent mieux aussi tout en permettant à tous de ressemer les graines (avec un peu de savoir faire).

Je produit des légumes sains, vivants, fertilisés au compost et sans traitements de synthèse, des produits qui restent frais longtemps et avec une grande qualité gustative. Ma production est certifiée en Agriculture Biologique (actuellement en certification ‘AB‘ + ‘Demeter‘). Même si ma priorité est la qualité gustative, l’aspect est aussi un critère important et j’ai plaisir à livrer aussi de beaux légumes.

Mon but est de faire tout mon possible pour offrir de belles parts de récoltes, à la fois nourricières, bien équilibrés en feuilles, fruits et racines, fraîches et appétissantes. Comme tout ne dépend pas de moi, je n’y parviens pas toujours (à être satisfait 🙂 ) !

 

En quoi selon toi l’agriculture biologique est-elle porteuse d’avenir ?

C’est la survie des humains à long terme qui en dépend, l’agriculteur en bio met en place un mode de culture qui correspond à un projet de société durable où les externalités de son activité sont positives. Cette approche recomplexifie la vision qu’il a de son action sur le reste du monde. Il ne peut plus penser « après moi le déluge !».

Dans ce mode de production, le paysan bio qui veut produire doit aussi se servir de l’écosystème et entretenir la biodiversité.

Par exemple s’il veut lutter contre les invasions de limaces, il doit choyer leurs prédateurs, qui sont notamment les carabes et pour choyer les carabes, il doit conserver ou installer des bandes enherbées pluriannuelles à l’immédiate proximité des légumes cibles (24 mètres), ce sont les habitats de ces petits insectes (il peux faire d’une pierre, deux ou trois coups en semant un mélange fleuri, qui entretiendra les pollinisateurs et les auxiliaires omnivores qui mangent pucerons et pollens).

Avec cette approche en agriculture biologique, le paysan prend soin de l’eau qui part de chez lui, car il sait qu’elle arrivera chez d’autres ensuite, et que le bon état de chaque maillon de la chaîne importe à tout les autres. Et que nous sommes fait de ce que nous mangeons ou respirons.

Nous pouvons nous réjouir car les surfaces cultivées selon ce cahier des charges (qui demande à être amélioré) augmentent chaque année, et les paysans conventionnels d’aujourd’hui sont de plus en plus sensibles aux vertus de la bio et aux dérives du modèle tout chimique auquel ils participent mais dont ils sont les premières victimes.

En plus d’être respectueux de l’homme et de la nature, ces aliments sont bien souvent produits plus localement, reçoivent de meilleurs soins afin de rester frais jusqu’à l’assiette du consommateur et sont de meilleure qualité gustative.

 

Que représente l’Amap pour toi  ?

Au Japon, des mères de familles ont eu l’idée de créer des associations pour trouver une production saine à donner à leurs enfants, l’association pour financer la production passait un contrat avec un producteur.

D’un côté, les familles disposent de la totalité de la récolte du maraîcher, elles en connaissent la provenance et la qualité, de l’autre les familles garantissent la rémunération de celui qui les nourrit sainement tout en prenant soin de l’écosystème.

Basées sur ce modèle, les Amaps en France ont ouvert la voie d’un futur viable.

Pour le citoyen, l’AMAP est un formidable outil qu’il a entre les mains pour décider dès aujourd’hui de la manière dont nous prenons soin du présent et du futur des humains et de la nature.

Pour le producteur, l’AMAP est un moyen de produire de la nourriture saine sur un mode soutenable, c’est-à-dire en prenant soin de l’écosystème à long terme.

Aujourd’hui, je suis à 100% Amap avec des livraisons à 3 groupes sur 3 lieux différents. Les adhérent(e)s (ou AMApien(e)s) financent et se partagent l’intégralité de la production. Cela implique en contrepartie une totale transparence sur mon activité et mes comptes (modes de cultures, données comptables, composition des paniers et quantités livrées).

C’est un nouveau modèle de société, ou l’on co-produit ensemble et de manière horizontale le monde que nous voulons.

Je dis souvent :

 « l’AMAP, ca n’est pas choisir la mode d’un produit, mais choisir le Monde qu’on Produit »

 

Pour les prochaines cultures, quelles seront les orientations que tu veux donner à ta production ?

Pour la saison 2015-2016, j’ai modifié le plan de culture afin de produire plus pour l’hiver, soit plus de carottes, de pommes de terre, de poireaux, de blettes….. mon objectif est d’égaliser la quantité de légumes sur toutes les saisons pour réduire les écarts entre l’été et l’hiver. En modifiant le plan de culture, les paniers seront mieux remplis sur toute l’année.

Chaque adhérent(e) peut, s’il le souhaite, me faire des propositions concernant le plan de culture et ses préférences alimentaires, c’est quelque chose que je prends en compte bien évidement.

 


Vous pouvez prendre contact ici avec Alexandre